Portraits de territoires

Perpignan : le vote Aliot est-il vraiment celui des quartiers populaires ?

À Perpignan, ce ne sont pas les bureaux les plus pauvres qui donnent à Louis Aliot ses scores les plus élevés. En 2026, la liste du maire sortant recueille 56,2 % des suffrages exprimés dans le quart des bureaux les moins marqués par la pauvreté, contre 43,2 % dans le quart où elle est la […]

Vue panoramique de Perpignan depuis le Palais des Rois de Majorque.

À Perpignan, ce ne sont pas les bureaux les plus pauvres qui donnent à Louis Aliot ses scores les plus élevés. En 2026, la liste du maire sortant recueille 56,2 % des suffrages exprimés dans le quart des bureaux les moins marqués par la pauvreté, contre 43,2 % dans le quart où elle est la plus présente. L’écart atteint treize points. La différence est presque symétrique du côté de la motorisation : 57,6 % dans les bureaux où les ménages possédant au moins deux voitures sont les plus nombreux, contre 43,0 % là où ils le sont le moins.

Ces résultats ne permettent pas de savoir comment votent individuellement les pauvres, les propriétaires ou les automobilistes. Ils décrivent une réalité plus précise : la géographie sociale du score d’Aliot parmi les électeurs qui ont effectivement voté. En rapprochant deux rapports établis sur 75 bureaux de vote, en 2020 et en 2026, une seconde frontière apparaît, celle de la participation électorale. Elle éclaire le résultat beaucoup mieux qu’un portrait sommaire d’un « électeur RN type ».

Écart du score d’Aliot selon le taux de pauvreté des bureaux, premier tour 2026−13,0 points
Source : Convaincre, rapport Perpignan 2026 T1, chapitre Louis Aliot, indicateur « Taux de pauvreté », p. 36. Différence quartile supérieur moins quartile inférieur.

Cette enquête poursuit une question simple : la progression de Louis Aliot entre sa première victoire municipale en 2020 et sa réélection en 2026 s’observe-t-elle partout de la même façon ? Les chiffres mettent en évidence un renforcement des contrastes entre territoires propriétaires et locataires, entre quartiers motorisés et moins motorisés, et entre secteurs où pauvreté et abstention se superposent. Ils ne prouvent ni un déplacement individuel des voix ni un changement démographique sur la période.

De 2020 à 2026 : une victoire en pourcentage, mais aussi en voix

Le 15 mars 2026, Louis Aliot est réélu au premier tour à Perpignan avec 50,61 % des suffrages exprimés et 16 835 voix. Six ans auparavant, au premier tour du 15 mars 2020, il obtenait 35,65 % et 9 273 voix. En 2014, sa liste FN avait recueilli 34,18 % et 12 949 voix, avant de perdre au second tour face à Jean-Marc Pujol. Ces trois chiffres officiels établissent la chronologie ; seuls 2020 et 2026 disposent ici des rapports sociaux détaillés.

Louis Aliot : résultats des premiers tours municipaux, 2014–2026

0,04 208,88 417,512 626,316 835,0201420202026
Voix obtenues
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AnnéeVoix obtenues
201412949
20209273
202616835
Source : Ministère de l’Intérieur, résultats officiels Perpignan, municipales 2014 T1, 2020 T1, 2026 T1. Attention : variation du nombre de votants et des candidatures.

Louis Aliot : part des exprimés aux premiers tours

0,012,725,338,050,6201420202026
Score (%)
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AnnéeScore (%)
201434,18
202035,65
202650,61
Source : Ministère de l’Intérieur, résultats officiels des premiers tours, Perpignan, 2014, 2020 et 2026.

Entre 2020 et 2026, l’écart est de +14,96 points parmi les suffrages exprimés et +7 562 voix. La participation passe, selon les résultats officiels, de 39,73 % à 47,74 %, soit +8,01 points ; le nombre d’inscrits évolue de 66 860 à 71 591. La progression en voix ne peut donc pas être attribuée mécaniquement à une conversion d’électeurs déjà présents en 2020. Le contexte sanitaire du premier tour de 2020 et la situation d’un maire sortant en 2026 constituent deux différences de contexte majeures. Leur effet propre n’est pas quantifié par les données disponibles.

Rapporté à l’ensemble des inscrits, le nombre de voix Aliot correspond à 13,86 % en 2020 et à 23,52 % en 2026. Cette autre manière de compter ne remplace pas les pourcentages de suffrages exprimés. Elle rappelle qu’une majorité des exprimés ne signifie pas une majorité de l’ensemble des citoyens inscrits.

Trois premiers tours, trois contextes électoraux

Indicateur2014 T12020 T12026 T1
Voix Louis Aliot12 9499 27316 835
% des exprimés34,18 %35,65 %50,61 %
% des inscrits18,81 %13,86 %23,52 %
Inscrits68 81366 86071 591
Participation56,99 %39,73 %47,74 %
Analyse sociologique fournieNon75 bureaux75 bureaux
Source : Ministère de l’Intérieur, résultats officiels premiers tours 2014, 2020 et 2026 ; deux rapports Convaincre Perpignan 2020 T1 et 2026 T1.

L’offre politique a changé elle aussi. En 2020, les rapports répertorient neuf listes, dont celles de Jean-Marc Pujol, Romain Grau et Agnès Langevine, face à Aliot. En 2026, six listes concourent, avec notamment Agnès Langevine, Bruno Nougayrède, Mickaël Idrac et Mathias Blanc. La liste de 2026 est celle du maire sortant. Le score de la liste Aliot peut être comparé comme résultat territorial, mais il ne faut pas faire comme si tous les choix proposés aux électeurs étaient demeurés identiques.

Une ville pauvre où le vote Aliot culmine ailleurs que dans les bureaux les plus pauvres

L’enjeu social est particulièrement important à Perpignan. L’Insee rappelait en 2023 que la commune comptait neuf quartiers prioritaires et qu’un quart environ de sa population y résidait. Les quartiers Rois de Majorque, Champs de Mars et Bas-Vernet-Ancien-ZUS figuraient parmi les plus pauvres de France métropolitaine : près de 70 % de leurs habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2020. Ce contexte documente l’ampleur des inégalités urbaines, sans identifier à lui seul les bureaux de vote ni leur comportement électoral.

Dans le rapport de 2020, le score d’Aliot atteint 38,2 % dans le quart des bureaux où le taux de pauvreté est le plus faible, contre 33,0 % dans le quart où il est le plus élevé : −5,2 points. En 2026, le contraste passe à 56,2 % contre 43,2 %, soit −13,0 points. La différence territoriale a donc plus que doublé.

Pauvreté : score Aliot dans les quartiles de bureaux

0,014,128,142,256,220202026
Pauvreté la plus faiblePauvreté la plus forte
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AnnéePauvreté la plus faiblePauvreté la plus forte
202038,233,0
202656,243,2
Source : Convaincre, Perpignan 2020 T1, Louis Aliot, p. 326 ; Perpignan 2026 T1, p. 36. Score de la liste en % des exprimés, quartiles de taux de pauvreté.

La corrélation de Spearman entre pauvreté territoriale et score Aliot passe de −0,36 en 2020 à −0,57 en 2026. Elle indique que l’association négative est plus régulière à travers le classement des 75 bureaux. Le modèle multivarié du rapport est plus restrictif : l’effet partiel Ridge associé à la pauvreté est de +0,4 point par écart-type en 2020, puis de −2,8 points en 2026. La précarité, le chômage, le niveau de diplôme, le logement et la motorisation sont liés entre eux. Le modèle ne prouve pas qu’un niveau de pauvreté entraîne un comportement électoral particulier.

Il faut aussi refuser une conclusion symétriquement simpliste : ces résultats ne démontrent pas que les territoires les plus pauvres seraient hostiles au RN, ni que les ménages favorisés voteraient nécessairement pour lui. Dans le quart des bureaux où la pauvreté est la plus forte, la liste Aliot obtient encore 43,2 % des exprimés en 2026. Il s’agit d’une audience électorale importante, même si elle est inférieure à celle observée dans le quart opposé.

Propriétaires et ménages motorisés : le contraste le plus régulier

La propriété immobilière constitue l’une des associations territoriales les plus nettes. En 2020, le score d’Aliot est de 30,5 % dans le quart des bureaux présentant la plus faible part de propriétaires, contre 37,9 % dans le quart supérieur : +7,4 points. En 2026, la même comparaison donne 41,9 % et 55,6 %, soit +13,7 points. La relation entre implantation résidentielle et score de la liste se renforce dans la série.

La motorisation présente une différenciation encore plus forte. Dans le quart des bureaux où la proportion de ménages dotés de deux voitures ou plus est la plus faible, Aliot obtient 30,5 % en 2020 et 43,0 % en 2026. Dans le quart où elle est la plus forte, les valeurs atteignent respectivement 40,6 % et 57,6 %. L’écart passe de +10,1 à +14,5 points.

Ménages possédant au moins deux voitures : score Aliot

0,014,428,843,257,620202026
Quartile le moins motoriséQuartile le plus motorisé
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AnnéeQuartile le moins motoriséQuartile le plus motorisé
202030,540,6
202643,057,6
Source : Convaincre, Perpignan, Louis Aliot, « 2 voitures ou plus », 2020 T1 p. 344, 2026 T1 p. 54. Pourcentage des suffrages exprimés par groupe de bureaux.
Écart du score Aliot selon la possession de deux voitures ou plus, 2026+14,5 points
Source : Convaincre, Perpignan, municipales 2026 T1, Louis Aliot, p. 54 ; quartile supérieur moins quartile inférieur.

À l’autre extrémité, les bureaux où la part de ménages sans voiture est la plus importante enregistrent un score Aliot inférieur de 7,7 points en 2020 et de 13,9 points en 2026. L’opposition entre ces deux indicateurs n’est pas une simple inversion arithmétique : ne pas posséder de voiture, en posséder une et en posséder plusieurs renvoient à des situations sociales et résidentielles différentes.

La voiture peut décrire une forme urbaine autant qu’un niveau de vie : dans un secteur pavillonnaire, elle est souvent nécessaire aux déplacements quotidiens ; dans un quartier dense, sa possession répond à d’autres contraintes. Le nombre de véhicules renseigne également sur la taille du ménage, l’âge, la propriété et l’accès aux services. Les données disponibles ne permettent pas de choisir une cause unique. Elles montrent que la position résidentielle et la motorisation organisent fortement la géographie du score.

Les corrélations renforcent ce constat : en 2026, le ρ de Spearman atteint +0,62 pour les ménages disposant de deux voitures ou plus, +0,59 pour les propriétaires et −0,64 pour les ménages sans voiture. Cela ne signifie pas qu’un propriétaire a une probabilité individuelle mesurée de voter RN. C’est une association entre bureaux de vote, calculée sur des agrégats.

Précarité de l’emploi et chômage : l’écart se creuse

La relation avec la précarité de l’emploi est presque aussi marquée. En 2020, Aliot obtient 39,2 % dans le quart des bureaux où les emplois précaires sont les moins présents, contre 32,1 % dans le quart où ils le sont le plus : −7,0 points. En 2026, l’écart atteint −13,5 points, avec respectivement 56,2 % et 42,7 %. Cette deuxième différence compte parmi les plus élevées du rapport.

Le taux de chômage dessine la même direction : l’écart territorial passe de −4,9 points en 2020 à −10,9 points en 2026. La corrélation de rang avec la part d’emplois précaires devient plus négative (de −0,41 à −0,62). Autrement dit, dans les deux élections, les bureaux présentant davantage de précarité professionnelle correspondent à des scores relatifs plus faibles pour Aliot, avec une association plus forte en 2026.

Contrastes de scores Aliot entre bureaux de profils sociaux opposés

-13,9-6,80,37,414,5PauvretéEmplois préc…ChômagePropriétairesDeux voiture…Ménages sans…Locataires d…
2020 (points)2026 (points)
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Indicateur2020 (points)2026 (points)
Pauvreté-5,2-13,0
Emplois précaires-7,0-13,5
Chômage-4,9-10,9
Propriétaires7,413,7
Deux voitures ou plus10,114,5
Ménages sans voiture-7,7-13,9
Locataires du privé-6,8-10,4
Source : Convaincre, Perpignan, premiers tours 2020 et 2026, chapitres Louis Aliot : écarts quartile supérieur moins inférieur, 75 bureaux.

La présence de logements HLM, en revanche, est associée à un écart moins important : −2,2 points en 2020 et −3,5 en 2026. Le statut de logement social ne joue donc pas exactement le même rôle statistique que le taux de pauvreté ou la précarité de l’emploi. Ces indicateurs sont liés, mais ne sont pas interchangeables. Une explication par « les quartiers HLM » effacerait des différences que les rapports rendent visibles.

La catégorie des ouvriers complique elle aussi le récit. L’écart associé à leur présence passe de +0,6 point en 2020 à −5,6 points en 2026. Pour les professions intermédiaires, au contraire, il passe de +4,3 à +8,8 points. Parmi les employés, les écarts sont positifs mais plus modestes : +5,1 puis +3,0 points. Aucun de ces nombres ne mesure directement le vote des ouvriers ou des employés. Ils montrent que la catégorie générale de « classes populaires » masque des distributions territoriales différentes.

Les retraités : une association renforcée, mais pas une preuve de vote des personnes âgées

Autre transformation notable : la présence de retraités devient un facteur de différenciation beaucoup plus net entre bureaux. En 2020, Aliot obtient 31,9 % dans le quart des bureaux les moins dotés en retraités, contre 36,7 % dans le quart supérieur. En 2026, on passe de 43,0 % à 54,5 %, soit un écart de +11,4 points, contre +4,8 en 2020.

Présence de retraité·es : score Aliot par quartile

0,013,627,340,954,520202026
Faible présence de retraitésForte présence de retraités
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AnnéeFaible présence de retraitésForte présence de retraités
202031,936,7
202643,054,5
Source : Convaincre, Perpignan, Louis Aliot, indicateur « Retraité·es », 2020 T1 p. 311, 2026 T1 p. 21.

Il existe une relation positive aussi avec la part des personnes âgées de 65 ans ou plus, mais son écart en 2026 est de +5,2 points, moins de la moitié de celui observé avec le statut de retraité. Cette différence est importante : âge et situation de retraite ne sont pas des variables équivalentes. Leur comparaison invite à rechercher des effets de composition résidentielle et sociale, sans prétendre identifier les préférences de chaque génération.

La présence de cadres, à l’inverse, constitue un signal faible en 2026 : l’écart est de seulement +0,2 point entre les quartiles et la corrélation de rang de +0,01. On ne peut donc pas écrire que les bureaux où résident davantage de cadres sont particulièrement favorables à Aliot. La possession immobilière et la motorisation semblent beaucoup plus discriminantes que le seul intitulé « cadres ». Le diplôme supérieur est également peu différenciant (+2,0 points en 2026).

La fracture de l’abstention s’est considérablement accentuée

La donnée peut-être la plus importante concerne ceux qui ne votent pas. La participation à Perpignan progresse entre 2020 et 2026. Pourtant, la répartition sociale de l’abstention devient plus contrastée. En 2020, le rapport indique 58,5 % d’abstention dans le quart des bureaux où la pauvreté est la plus faible, contre 62,2 % dans le quart où elle est la plus élevée : +3,8 points selon l’écart publié. En 2026, ces valeurs sont de 45,5 % et 58,7 %, soit +13,2 points.

Abstention selon le taux de pauvreté des bureaux

0,015,631,146,762,220202026
Quartile le moins pauvreQuartile le plus pauvre
Voir les données du graphique
AnnéeQuartile le moins pauvreQuartile le plus pauvre
202058,562,2
202645,558,7
Source : Convaincre, Perpignan, chapitre Abstention, indicateur « Taux de pauvreté », 2020 T1 p. 558 ; 2026 T1 p. 384. Valeurs publiées par quartile.

L’écart d’abstention selon le chômage passe de +1,8 à +10,7 points et celui associé à la précarité de l’emploi de +1,8 à +10,1 points. À l’inverse, les bureaux où la part de diplômés du supérieur est la plus élevée présentent une abstention inférieure de 13,3 points en 2026 ; le contraste était de −7,4 points en 2020. Les différences sociales de participation sont donc plus prononcées lors du scrutin de 2026, même si l’abstention totale recule de 60,3 % à 52,2 % dans les synthèses.

Cette dissociation est capitale pour comprendre la victoire municipale. Dans les espaces plus pauvres, la liste Aliot enregistre une part des exprimés plus faible, mais ces espaces connaissent également une abstention plus élevée. Il serait tentant de multiplier mécaniquement les deux taux pour établir le poids électoral du RN dans chaque milieu. Ce serait risqué : les rapports ne fournissent pas ici, pour chaque quartile social, les effectifs détaillés d’inscrits et de suffrages exprimés permettant de reconstruire rigoureusement des proportions de voix sur inscrits.

Il n’est pas possible non plus de savoir si les abstentionnistes de 2020 sont les mêmes en 2026, ou si la mobilisation nouvelle concerne plus particulièrement une liste. À l’échelle municipale, les 7 562 voix supplémentaires d’Aliot peuvent combiner plusieurs mécanismes : participation plus forte, variation de la population inscrite, recomposition de l’offre politique et évolutions de préférence. Les chiffres agrégés ne départagent pas ces mécanismes.

Deux bureaux, deux résultats : ce que la comparaison locale révèle vraiment

La diversité du scrutin se lit jusque dans les tableaux par bureau. En 2026, un des bureaux installés à l’école du Pont Neuf donne 20,7 % à Aliot. Un bureau répertorié au groupe scolaire Édouard-Herriot lui donne 62,9 %. Ces chiffres concernent des bureaux distincts, pas l’ensemble du quartier desservi par un établissement. Certains lieux de vote hébergent plusieurs bureaux, dont les scores diffèrent.

La différence entre ces deux résultats atteint 42,2 points. Le score général de 50,6 % n’indique donc pas une adhésion électorale répartie uniformément sur la commune. À côté du tableau des listes, les variables sociales des mêmes bureaux rendent une enquête géographique possible, à condition de ne pas transformer des associations statistiques en explications individuelles.

Deux bureaux de vote de 2026, des scores éloignés

Bureau de voteScore Aliot 2026 T1Écart à la synthèse 2026
École du Pont Neuf (un bureau)20,7 %−29,9 points
Groupe scolaire Édouard-Herriot (un bureau)62,9 %+12,2 points
Source : Convaincre, Rapport socio-électoral Perpignan 2026 T1, Louis Aliot, tableaux par bureau pp. 6-8. Attention : plusieurs bureaux peuvent partager le nom d’un lieu de vote.

Il serait utile de cartographier ces écarts, puis de confronter séparément la carte des scores Aliot à celle de l’abstention, et enfin à celle de la pauvreté projetée. Mais les rapports transmis ne contiennent pas les géométries de bureaux ni leurs identifiants historiques permettant de produire une carte harmonisée de 2020 à 2026. Nous ne présentons donc pas une carte qui n’a pas été réalisée.

Ce que disent les modèles, et ce qu’ils ne disent pas

Les rapports comparent 75 bureaux, chacun selon dix-neuf variables sociales projetées. Pour un indicateur donné, les bureaux sont répartis en quatre groupes, puis les scores des quarts extrêmes sont comparés. Le « +14,5 points » associé aux ménages possédant deux voitures en 2026 signifie que la liste Aliot obtient un score supérieur de 14,5 points dans le quart des bureaux où cette caractéristique est la plus répandue par rapport au quart où elle l’est le moins. Cela ne signifie pas que les détenteurs de deux voitures auraient voté à 57,6 % pour Aliot.

Les rapports ajoutent une corrélation de Spearman, qui décrit l’ordre relatif des bureaux, un gradient statistique pondéré par la taille des bureaux, et un modèle multivarié Ridge estimant une association résiduelle avec les autres variables. Ces outils ne sont ni des sondages individuels ni des démonstrations de causalité.

La distinction importe particulièrement parce que les caractéristiques se recouvrent. Le coefficient Ridge de la possession de deux voitures en 2026 reste positif (+2,4 points par écart-type), alors que l’association propre des propriétaires est plus modeste (+0,6). Le diplôme supérieur, légèrement positif dans la comparaison brute (+2,0 points entre quartiles), présente un effet partiel négatif dans le modèle (−2,6 points par écart-type). Isoler un facteur décisif serait donc exagéré.

Autre limite : les valeurs sociologiques projetées figurant dans les deux rapports apparaissent identiques à bureau comparable. L’enquête étudie donc l’évolution des relations entre scores électoraux et une grille sociale de référence. Elle ne mesure pas l’évolution des revenus, du logement ou de la population entre 2020 et 2026. Pour parler de transformation démographique, il faudrait plusieurs millésimes INSEE et une harmonisation des unités géographiques.

Comment interpréter les indicateurs utilisés

IndicateurCe qui est mesuréCe qui ne peut pas être conclu
Écart de quartilesDifférence de résultats entre groupes de bureauxVote des ménages appartenant au groupe
Corrélation SpearmanAssociation entre classements territoriauxCausalité ou comportements individuels
Effet RidgeAssociation résiduelle dans un modèle multivariéCause unique ou déterminante
Abstention territorialeNon-vote parmi les inscrits du bureauChoix politique des abstentionnistes
Comparaison 2020–2026Évolution de résultats selon un référentiel socialTransformation réelle des habitants sans données datées
Source : Convaincre, Perpignan, rapports 2020 T1 et 2026 T1, « Méthode et limites », pp. 585 et 411.

Le tableau complet des dix-neuf indicateurs

Le signe positif indique que le score Aliot est plus élevé dans le quart des bureaux où l’indicateur est le plus présent ; le signe négatif indique qu’il est plus faible. Chaque chiffre est un écart en points de pourcentage, et non un pourcentage d’électeurs appartenant à une catégorie sociale.

Vote Aliot : les 19 écarts entre quartiles sociaux, 2020 et 2026

Indicateur2020 (points)2026 (points)
Ouvrier·ères+0,6-5,6
Employé·es+5,1+3,0
Professions intermédiaires+4,3+8,8
Cadres-2,5+0,2
Artisans et commerçant·es-2,0-2,2
Retraité·es+4,8+11,4
65 ans ou plus+3,9+5,2
0 à 5 ans-1,7-2,7
Taux de chômage-4,9-10,9
Emplois précaires-7,0-13,5
Taux de pauvreté-5,2-13,0
Rapport interdécile D9/D1-3,6-3,3
Logements HLM-2,2-3,5
Propriétaires+7,4+13,7
Locataires du privé-6,8-10,4
Ménages sans voiture-7,7-13,9
2 voitures ou plus+10,1+14,5
Installation récente-3,8-5,6
Diplôme supérieur-0,8+2,0
Source : Convaincre, rapports Perpignan 2020 T1, chapitre Louis Aliot pp. 296-352, et 2026 T1, pp. 6-62. Scores exprimés dans 75 bureaux.

Le résultat : une géographie du vote, et une géographie de l’absence

Entre 2020 et 2026, Aliot progresse en pourcentage et en voix. Cette progression est incontestable au niveau de la commune. Mais son ancrage électoral conserve des différences sociales marquées : les scores sont associés positivement à la propriété et à la possession de plusieurs voitures, négativement à la pauvreté, à la précarité et à l’absence de voiture. L’ampleur de plusieurs de ces contrastes s’accroît en 2026.

L’abstention redouble cette géographie. En 2026, elle est davantage concentrée dans les bureaux socialement défavorisés qu’en 2020, alors même que la participation totale remonte. Ce résultat interdit de traiter les pourcentages exprimés comme une photographie de l’ensemble des habitants.

Le paradoxe de Perpignan n’est donc pas qu’une ville pauvre aurait élu un candidat dont les meilleurs scores se concentrent dans des bureaux moins touchés par la pauvreté. Il tient à la coexistence de plusieurs villes électorales au sein de la même commune : celle des suffrages exprimés, celle des inscrits et celle des citoyens absents des urnes. Les deux rapports éclairent leur géographie, sans permettre d’assigner un vote à une condition sociale ou d’expliquer à eux seuls pourquoi un électeur a changé de choix.